Le périmètre de l’or du Sénégal oriental SABODALA, KANOUMERY ET NIAMIA


LES ACTEURS.

Il y a bien évidemment l’Etat du Sénégal qui négocie et délivre les titres miniers avec la possibilité de les retirer, qui veille au respect des dispositions législatives et réglementaires, qui a d’entrée de jeu 10% d’actions gratuites pour chaque convention paraphée et qui redistribue la rente minière. A côté et sur la dizaine de compagnies les plus en vue sur le plan de l’exploration, l’on compte 5 sénégalaises, Watic, Sen Gold, Rokamco, Sored Mines et Nafpec.
Les 5 autres sont de grands groupes industriels comme la sud africaine Rand Gold qui évolue aussi au Mali dans les mines de Morila et Loulo, les canadiennes Agem intervenant aussi à Sadiola au Mali et Oromin, la britannique Axmin et l’australienne Mdl, la seule à brandir un permis d’exploitation d’une durée de 5 ans renouvelables à travers Sabodala Gold Opération, devenue d’ailleurs une concession minière dont la durée est comprise entre 20 et 25 ans. Il y a aussi des acteurs sénégalais faisant dans l’exploitation artisanale améliorée, Libidor de l’ancien international de football Louis Camara évoluant du côté de la Falémé à Pondala, ou encore Wourous, etc.…
Leurs problèmes semblent tourner au tour des montages financiers pour lesquels ils peineraient à trouver des partenaires. Les propriétaires terriens qui soutiennent avoir été expropriés complètent le tableau. C’est le cas de Tamba Soumaré de Sabodala qui dit avoir perdu l’usage de ses 25 ha et n’avoir rien reçu en guise de compensation. « J’ai fait des mains et des pieds pour bénéficier de compensations mais en vain. Pourtant mon champ est bel et bien mis en valeur avec pas mal de spéculations que la compagnie MDL a dû piétiner, et elle n’a pas daigné me procurer le moindre mètre carré dans les 80 ha aménagés pour les autres » s’écrie-t-il.
Le groupement des femmes de Faloumbou a aussi vu partir en fumée son périmètre maraîcher et chacune des 15 membres signifiera n’avoir perçu que 15 000 F. S’y ajoute Almamy Diaby du même village Faloumbou qui a perdu son immense champ où il déclare employer 16 personnes pour la somme de 40 000 F. Des champs sont aménagés par Mdl sur 80 ha sur les 100 prévus, mais les communautés les trouvent suffisamment éloignés des villages dont ils sont distants d’environs une dizaine de kilomètres. Les orpailleurs traditionnels de la zone de Tenkoto mettent sur la table un différent qui les opposerait à Rand Gold qui les empêcherait de ne point fréquenter des placers se trouvant dans le secteur de Mandancoly. « Nous sommes ici sur nos terres que mon grand père exploitait déjà en 1903 avant que nos parents viennent s’y installer vers les années 1940.
C’est dans ces zones que nous tirons l’essentiel de nos ressources pour survivre, et si l’on veut nous enlever cette sorte de fromage, c’est la meilleure façon de nous tuer à petit feu, d’autant plus que la présence de cette compagnie ici n’a aucune retombée pour nos communautés qui souffrent d’un manque criard d’eau, de structure de santé et de piste carrossable » dira le chef de village de Tenkoto, une bourgade d’orpaillage traditionnel réputée pour ses 10 000 âmes et le taux de prévalence élevé du sida(7%).
D’ailleurs Bambo Cissokho dira l’avoir souligné au ministre de tutelle de l’époque Me Madické Niang à travers une correspondance qu’il lui a adressée lors de sa dernière visite consacrée au lancement du programme social minier, « correspondance restée sans suite » précise-t-il. Du côté de Rand Gold, en l’absence du chef du camp de Kanouméry, en route pour la Falémé, peu d’informations de sources offficielles. Aux deux jeunes géologues, du reste très accueillants qui l’ont joint pour demander s’ils pouvaient nous dire quelque chose sur ce « différent », comme dans une caserne, il aurait intimé l’ordre de ne rien dire, assurant qu’il s’en chargera personnellement le moment venu.
Mdl a sous-traité avec la « sénégalaise CMA » qui a réalisé les charpentes de l’usine et les Tanks devant contenir le cyanure ainsi qu’avec Alcatras, un GIE établi à Kédougou pour la location d’engins lourds, de citernes d’eau, de bus et de petits véhicules tout terrain.
L’autre acteur est la seule organisation de la société civile de l’affaire. Depuis un bon moment, elle se démène pour le respect des droits des communautés, le partage équitable des ressources, la préservation de l’environnement et la transparence. L’Ong « La Lumière » a d’ailleurs outillé les communautés sur les différents instruments juridiques, et mis en place un comité inter villageois de surveillance des impacts des opérations minières, un cadre de concertation devant nouer le fil du dialogue avec les sociétés minières pour éviter des conflits.