Lundi 21 Mai 2012








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Le texte intégral prononcé par Abdou Diouf devant la BAD à Tunis


(suite)

Dans cet esprit seize pays francophones ont créé l’Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires, l’OHADA, et confié à une Cour Commune de Justice et d’Arbitrage la tâche de veiller à la définition, à l’interprétation et au final à l’application d’un droit unifié. Or cet effort d’intégration, qui suscite un travail juridique et doctrinal remarquable et a retenu l’intérêt de la Banque mondiale, soulève toujours les réticences des juridictions nationales : au lieu de se concentrer sur ce qui est à leur portée et en leur pouvoir – une bonne justice, délivrée de façon cohérente et transparente -, ces juridictions invoquent le respect de leur souveraineté dans un domaine que le manque de ressources humaines et matérielles ne leur permet pas de gérer correctement.

De façon encore plus générale, le destin contrasté du NEPAD et la question des infrastructures régionales sont révélateurs. Le NEPAD avait pour but, d’une part, de définir le plan d’ensemble des infrastructures nécessaires, d’autre part, de collecter et de mettre à disposition des pays les fonds nécessaires. Pour garantir la bonne évaluation des besoins, la définition correcte des projets et une gestion transparente de ces fonds, un mécanisme africain d’évaluation par les pairs a été mis en place.

Les progrès demeurent cependant lents : les promoteurs de cette grande idée ont pour les uns quitté leur fonction, pour les autres adopté d’autres priorités. C’est maintenant seulement, en 2007, que le Programme Economique Régional (PER) de l’Union Ouest Africaine, l’UEMOA, propose une politique et des actions liées à la philosophie du NEPAD. Tant il est vrai que, s’agissant d’intégration, la continuité, essentielle, est une conquête toujours menacée.

De ce point de vue, même si je le répète, il ne saurait y avoir de modèle unique, considérons deux continents que lient l’histoire comme la géographie.

Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, le monde a connu une intégration régionale majeure, la construction européenne. Des pays qui se sont considérés pendant dix siècles comme des ennemis héréditaires au point d’aboutir, à vingt ans d’intervalle, à deux tentatives d’extermination massive, des pays qui ont construit leurs économies sur une concurrence effrénée, des pays qui ont utilisé leur monnaie comme une arme et un outil de déstabilisation, ont transcendé cette histoire.

Pendant ce temps, de l’autre côté de la Méditerranée, l’Afrique des Etats continue à rêver aux Etats-Unis d’Afrique.

L’intégration régionale n’est pas un gadget institutionnel, un nouveau remède économique miracle, ni une façon de camoufler l’impuissance d’Etats fragiles : c’est une méthode pour construire effectivement, de façon réfléchie, non belliqueuse et négociée, des espaces déchiquetés par une histoire proche, étouffés sous des références imposées de l’extérieur et enlisés dans un usage automatique de la souveraineté.

Cette méthode repose avant tout sur le politique : le jeu libre des forces du marché, l’injection de crédits, l’unification monétaire constituent des éléments utiles, mais non suffisants pour aboutir à une intégration réelle. Il faut un élan donné par les dirigeants et la société toute entière, appuyé par un travail institutionnel précis, un effort économique cohérent et une délégation de souveraineté mise en pratique avec constance.

Ma conviction demeure intacte. L’Afrique a un besoin vital de son unité. Mais nous, africains, devons d’abord réapprendre, avec patience, un « vivre ensemble » que de trop nombreuses crises et l’héritage de l’Histoire ont érodé. Et cela se fera en commençant avec nos voisins. Le volontarisme abstrait, sans racine, ne nous aidera pas.

J’ajoute que, pour traiter les questions majeures de ce siècle commençant, de ce nouveau millénaire qui pourrait être le millénaire de notre continent après les temps de souffrances, l’Afrique a besoin des Afriques, dans leur diversité et leurs spécificités.

Elle n’y réussira pas si chaque Etat, souvent fruit de conjonctures sans racine profonde, se replie sur un héritage fallacieux et se marginalise sous couleur de souveraineté. Pour éviter cela, nous devons tous trouver la bonne distance à l’égard aussi bien du rejet violent de l’Autre – voisin ou partenaire extérieur - que de la résignation passive devant les forces de la globalisation, même si ces deux extrêmes qui résultent des mutations et des turbulences que la communauté internationale traverse depuis 2001 cherchent à s’imposer à nous.

Tel est le défi que nous avons tous à affronter. Et ce défi, des institutions telles que la Francophonie et la BAD sont, j’en demeure convaincu, particulièrement bien placées pour assister ceux qui sont décidés à le relever. Car comme le disait un des pères de l’Europe, Jean MONNET : « nous ne coalisons pas des Etats, nous unissons des hommes ».

Je vous remercie de votre attention.

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Dimanche 30 Septembre 2007
Ouestaf News