Lundi 21 Mai 2012








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Monnaie ou relique coloniale ? Le franc CFA et le piège de la convertibilité (Libre Opinion)


L’existence d’un marché unique dépourvu de barrières commerciales ou financières et d’entraves à la libre circulation des biens et des capitaux sont les conditions sine qua non pour tirer le maximum de bénéfices d’une monnaie unique.
Pourtant, ce marché unique dans lequel les pays de la zone franc sont supposés évoluer n’a d’existence que de nom. Ils en sont encore, depuis prés de deux décennies, à s’échiner à mettre en place une union douanière au sein de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) et de la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC), les deux organisations chargées de la mise en place de l’harmonisation des régimes fiscaux et des politiques de convergence économique de leurs membres. Il faut se souvenir que de 1945 à 1960, la coopération monétaire et la coordination des politiques économiques avec la France, dans le cadre de la zone franc, s’étaient en effet appuyées sur une intégration politique, économique et monétaire complète ainsi qu’une libre circulation des personnes, des biens et des services.
Le choix des pays africains qui ont décidé de rester sous la tutelle monétaire de la France aurait donc été justifié si ces mêmes pays avaient maintenu le marché commun et les structures fédérales dans lesquels ils opéraient sous le régime colonial. Mais ils n’en ont rien fait. Bien au contraire, ils se sont employés à les démanteler dès leur accession à l’indépendance.
En érigeant des barrières douanières entre eux, les Africains se sont délibérément coupés les uns des autres, créant de facto un environnement économique impropre à l’adoption d’une monnaie unique. De plus, les banques centrales de la zone franc n'ont aucune existence juridique sur le marché des changes, Il revient donc à la Banque Centrale européenne (BCE), qui a hérité des accords franco-africains, d’agir en leurs noms. Mais quand la BCE intervient sur le marché international des devises c’est pour défendre l’euro et non le FCFA.
Cette sous-traitance de la gestion du franc CFA à la BCE constitue un frein supplémentaire au processus d’intégration des économies des pays de la zone et à l’accroissement de leurs échanges intra-communautaires.

Dans ces circonstances, il y a quelque chose de kafkaïen dans cette démarche qui consiste à démanteler des structures pour ensuite essayer de les remettre en place à rebours.
Cela engendre des distorsions structurelles, institutionnelles et économiques dont les dirigeants et les élites francophones d’Afrique noire n’ont cure, d’autant qu’ils en tirent des intérêts personnels. En effet, la convertibilité du FCFA est un moyen bien commode pour eux de disposer de fortunes considérables et d’immenses domaines immobiliers dans l’Hexagone.
Les crises économiques et financières qui affectent les pays de la zone franc depuis les années 1990 sont les manifestations les plus éloquentes de l’échec des politiques et des choix qui ont prévalu en son sein. Elles ont conduit à la dévaluation de 100% du franc CFA en janvier 1994 (7) et à la paupérisation qui a conduit aux désordres que l’on sait et qui vont aller s’aggravant à moins que l’on mette fin au système d’exploitation institutionnalisée que représente la zone franc.

En l’état actuel du développement des économies africaines, la norme, en matière de politique de change devrait reposer sur l’inconvertibilité et l’intransférabilité des monnaies nationales. Lorsqu’un Etat interdit la sortie de sa monnaie nationale, cette monnaie est dite non convertible donc non transférable. Dans ce cas, un contrôle des changes hermétique donne le monopôle des monnaies étrangères aux autorités monétaires qui contrôlent toutes les opérations de change avec l’extérieur. Cette restriction légale assure une gestion rigoureuse des rentrées et des sorties de devises, ce qui permet de les allouer en priorité au développement des secteurs clé des économies concernées. Cette situation est d’ailleurs fréquente dans le monde en particulier dans les pays en voie de développement (PED) très déficitaires qui connaissent de graves difficultés de paiements. C’est également le cas des économies régulées de type semi-étatique où l’Etat prend en charge le contrôle des secteurs essentiels de l’économie comme en Chine, en Inde ou au Vietnam. Rappelons également que pendant longtemps l'échange de francs français contre des devises n'était pas libre mais réglementé. Une convertibilité externe du franc, rétablie en 1958 pour les non-résidents, n'était pas totale pour les résidents. Par exemple, ceux-ci ne pouvaient pas sortir des capitaux hors des frontières sans autorisation administrative. Quant au géant chinois, soucieux de ne pas faire peser des risques importants sur sa croissance économique par une sortie incontrôlée de devises, il n'autorise pas la libéralisation de son marché des changes et sa monnaie, le yuan, n’est pas librement convertible.

Au vu de ce qui précède, les avantages avancés pour le maintien de la convertibilité du franc CFA se révèlent être un subterfuge qui institutionnalise l'appauvrissement socio-économique des pays de la zone franc. Ils se doivent d'y mettre fin, de recouvrer la gestion de leurs réserves de change, d'instituer un strict régime de contrôle change et d'étendre les politiques d'harmonisation fiscale et de convergence économique qu'ils mènent au sein de l'UEMOA et de la CEMAC à l'ensemble des pays membres de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), l'organisation mandatée par l'Union Africaine (UA) pour coordonner les politiques d'intégration dans la sous-région.

Notes
(1) La BCEAO regroupe le Niger, le Togo, le Sénégal, le Mali, le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire et la Guinée-Bissau
(2) La BEAC regroupe le Cameroun, la Centrafrique, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale et le Tchad.
(3) La convertibilité du franc CFA, mythe ou réalité par Yao Séraphin.
http://www.alterinfo.net/LA-CONVERTIBILITE-DU-FRANC-CFA-MYTHE-OU-REALITE_a11649.html
(4) Le taux de couverture = (réserves de change /masse monétaire) X 100
(5) 1 euro = 655,957 FCFA
(6) Source: UNCTAD, Asian Foreign Direct Investment in Africa: Towards a New Era of Cooperation among Developing Countries.
(7) Parité : 1 FF = 50 F CFA de 1945 au 11 janvier 1994 / Après dévaluation : 1 FF = 100 F CFA / 1 euro = 655,957 FCFA.

*Sanou Mbaye, économiste, ancien fonctionnaire international, auteur de l’Afrique au secours de l’Afrique, à paraitre en janvier 2009 aux Editions de l’Atelier.
Site internet : http://sanoumbaye.free.fr

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Jeudi 16 Octobre 2008
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